La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

L’Enfant et le Miroir, fable de Florian

Vincent Cassel La Haine scène miroir Kassovitz film

Vinz (Vincent Cassel) face à son miroir dans La Haine de Mathieu Kassovitz (1995)

Jean-Pierre Claris de Florian, dit Florian, est un fabuliste du XVIIIème siècle bien moins célèbre que La Fontaine, mais son talent de poète nous a laissé quelques proverbes fameux : « chacun son métier et les vaches seront bien gardées », « pour vivre heureux, vivons cachés », « rira bien qui rira le dernier« , ou encore l’expression « éclairer [la] lanterne »… Dans cette fable, Florian nous délivre une maxime assez évidente si l’on s’en tient au premier niveau : « le bien, le mal, nous sont rendus », sois gentil avec les autres et ils seront gentils avec toi. C’est la portée psychologique du texte sur l’image de nous-même que nous renvoie la société qui est intéressante, car ses miroirs sont plus ou moins déformants… Si cet « enfant élevé dans un pauvre village » s’était miré dans la glace en même temps qu’un petit aristocrate en habit de lumière, peut-être que son reflet lui aurait moins plu dès le premier regard. Florian, qui est mort en 1794, ne dira sûrement pas le contraire…

Un enfant élevé dans un pauvre village
Revint chez ses parents, et fut surpris d’y voir
Un miroir.
D’abord il aima son image ;
Et puis, par un travers bien digne d’un enfant,
Et même d’un être plus grand,
Il veut outrager ce qu’il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend.
Alors son dépit est extrême ;
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s’en vient, en frémissant,
Battre cette image insolente ;
Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente ;
Et, furieux, au désespoir,
Le voilà devant ce miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l’embrasse,
Tarit ses pleurs, et doucement lui dit :
N’as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant qui cause ton dépit ?
– Oui. – Regarde à présent : tu souris, il sourit ;
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même ;
Tu n’es plus en colère, il ne se fâche plus :
De la société tu vois ici l’emblême ;
Le bien, le mal, nous sont rendus.

L’Enfant et le Miroir, Jean-Pierre Claris de Florian, Fables (1792). Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

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