La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

Progrès de Louis-Ferdinand Céline : monologue de Madame Doumergue

Louis-Ferdinand Céline

Monologue pour femme extrait de Progrès, une pièce de théâtre de Louis-Ferdinand Céline. Madame Doumergue explique pourquoi elle a choisi de rester de vierge…

MADAME DOUMERGUE : Vous me connaissez, je crois à la musique et à Dieu. J’ai aimé trois fois dans ma vie, avec mon coeur, tous les vingt ans, et cependant je suis vierge… Je me suis toujours refusée – toujours – chaque fois – trois fois – c’est beaucoup surtout la dernière, c’était très dur – je veux arriver vierge au Bon Dieu et me donner à lui toute, je n’aurai plus longtemps à attendre, je crois. Dieu sera le quatrième et il m’aura toute entière, les autres n’ont eu que mon coeur, j’ai sauvé mon corps. Le premier c’était le fils d’un notaire de Dijon, il s’appelait Lucien, il avait été en Angleterre, c’est le premier homme que j’ai vu boire le thé ; le second c’était à l’exposition de 1900, un prince persan qui me versait des poudres dans mes verres et me voulait toute nue – disait-il – comme la Lune ; le troisième c’était un passant, je l’appelle ainsi le chéri parce qu’il faisait d’humbles courses dans les magasins, mais il avait des mains adorables et je les lui faisais pour rien, il demeurait à côté de chez moi dans un logement modeste à Asnières, il était brusque, mais ne parlait jamais de mon âge, il aimait la musique, je l’ai éloigné avec chagrin, il a bien failli me ravir à Dieu, ce fut, je l’espère, mon dernier péril et mon dernier amour humain. J’offrirai enfin mon coeur, mon corps et mes souffrances à l’Elu… bientôt, mais cependant je ne dis pas que j’en ai assez ! Vivre, pour les âmes ardentes, est une carrière dangereuse, mais l’art est là et ne m’a jamais manqué, la prière non plus, je les mets ensemble et voilà ! Mon piano m’a guidée, soutenue, j’ai donné à mon piano tout ce que je refusais aux hommes, il me l’a rendu.

Progrès, Louis-Ferdinand Céline, 1927. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien :

Progrès suivi d’Oeuvres pour la scène et l’écran – Louis-Ferdinand Céline

Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :