La Compagnie Affable

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Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay : monologue de mademoiselle Verrette

Les Belles-Soeurs Michel Tremblay

Distribution de la pièce à sa création au Théâtre du Rideau Vert en 1968 (Photo : Guy Dubois)

Monologue pour femme extrait de la pièce Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay. Mademoiselle Verrette est québécoise, mais ça marche aussi avec un accent rustique à la française…

DES NEIGES-VERRETTE. La première fois que je l’ai vu, je l’ai trouvé ben laid… C’est vrai qu’y est pas beau tu-suite ! Quand y’a ouvert la porte, y’a enlevé son chapeau, pis y m’a dit : « Seriez-vous intéressée pour m’acheter des brosses, ma bonne dame ? » J’y ai fermé la porte au nez ! J’laisse jamais rentrer d’homme dans la maison ! On sait jamais c’qui peut arriver… Y’a rien que le petit gars de « La Presse » que j’laisse rentrer. Lui, y’est trop jeune, encore, y pense pas à mal. Un mois après, mon gars des brosses est revenu. Y faisait une tempête de neige à tout casser, ça fait que j’l’ai laissé rentrer dans le portique. Un coup qu’y a été rendu dans’maison, j’ai eu peur, mais j’me sus dit qu’y avait pas l’air méchant, mais si y’était pas ben beau… Y est toujours sur son trente-six, pas un cheveu qui dépasse… Un vrai monsieur ! Pis tellement ben élevé ! Y m’a vendu deux-trois brosses, toujours, pis y m’a montré son cataloye. Y’en avait une qui m’intéressait, mais y l’avait pas avec lui, ça fait qu’y m’a dit que je pouvais donner une commande. Pis y’est r’venu chaque mois depuis c’temps-là. des fois, j’achète rien. Y vient juste que-qu’menutes. Y’est tellement fin ! Quand y parle, on oublie qu’y est laid ! Pis y sait tellement de choses intéressantes ! Aie, y voyage à tous les coins d’la province, c’t’homme-là ! J’pense… j’pense que je l’aime… J’sais que ça pas d’allure, j’le vois rien qu’une fois par mois, mais on est si bien ensemble ! Chus tellement heureuse quand y est là ! C’est la première fois que ça m’arrive ! C’est la première fois ! Les hommes se sont jamais occupé de moi, avant. J’ai toujours été une demoiselle… seule. Lui, y m’raconte ses voyages, y m’raconte des histoires… Des fois, sont pas mal sales, mais sont tellement drôles ! Pis y faut dire que j’ai toujours aimé les histoires un peu salées… J’trouve que ça fait du bien de conter des histoires cochonnes, des fois… Ah ! sont pas toutes cochonnes, ses histoires, ah ! non, y’en a des des correctes ! Des histoires osées, ça fait pas longtemps qu’y m’en conte… Des fois, sont tellement cochonnes, que j’rougis. La dernière fois qu’y est v’nu, y’m’a pris la mais parce que j’avais rougi. J’ai manqué venir folle ! Ca m’a toute revirée à l’envers de sentir sa grosse main su’a mienne ! J’ai besoin de lui, astheur ! J’voudrais pas qu’y s’en aille pour toujours… Des fois, j’rêve… qu’on est mariés. J’ai besoin qu’y vienne me voir ! C’est le premier homme qui s’occupe de moé ! J’veux pas le pardre !

Les Belles-Soeurs, Michel Tremblay. N’oubliez pas qu’il est impossible de travailler un texte sans l’œuvre complète. Vous pouvez trouver le livre sur ce lien :

Les Belles-Soeurs – Michel Tremblay

Voir notre liste de textes et de scènes issus du théâtre, du cinéma et de la littérature (pour une audition ou pour le plaisir)

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Cette entrée a été publiée le 18 avril 2017 par dans Audition, Cours de théâtre, Théâtre, et est taguée , , , , , , , , .
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