La Compagnie Affable

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Les Temps qui changent : Antoine et Cécile

Gérard Depardieu Catherine Deneuve Les Temps qui changent film André TéchinéScène pour un homme et une femme extraite du film Les Temps qui changent d’André Téchiné (2004). Antoine (Gérard Depardieu) tente de reconquérir Cécile (Catherine Deneuve), son premier amour qu’il ne réussit pas à oublier malgré « 31 ans, 8 mois et 20 jours ». Elle vit à Tanger avec son mari Nathan (Gilbert Melki), mais l’ancien amant espère l’« envoûter ». Il débarque chez Cécile à l’improviste. Celle-ci l’emmène en voiture pour discuter tranquillement et ils tombent en panne sur le bord de la route. (La vidéo suit le texte).

CECILE : Bah… Oh ! Manquait plus que ça…

ANTOINE : Comment ça… ? Tu me fais le coup de la panne… ?

CECILE : Oh, je t’en prie, Antoine, c’est pas drôle !

Ils descendent de la voiture. Cécile part jeter un œil sous le capot.

ANTOINE : Il a pas l’air très fréquenté ce chemin…

CECILE : Encore Nathan qui a bricolé ce truc-là… Regarde ça ! Il a mis un morceau de fil de fer à la place du fusible

ANTOINE : C’est grave ?

CECILE : Quelle andouille… Bah il aurait pas fallu que je lave le pare-brise, avec l’eau ça a fait un court-circuit. Ça aurait pu bousiller le faisceau électrique, hein…

ANTOINE : C’est nouveau ça, je te savais pas si calée en mécanique…

CECILE : Bah il a fallu que j’apprenne, Antoine, j’ai pas de chauffeur, moi.

ANTOINE : J’ai l’impression que tu me reproches d’avoir de l’argent, c’est un peu pénible. Tu vas pouvoir réparer ?

CECILE : Bah non. Faut un garagiste. Tu me passes ton portable ?

ANTOINE : Ah bah non, pour une fois qu’on était tous les deux, je voulais pas être dérangé.

CECILE : J’ai pas pris le mien, je l’oublie tout le temps.

ANTOINE : Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

CECILE : Bah… Je vais quand même te montrer la maison. Viens, on va couper par là.

ANTOINE : A quoi tu penses ?

CECILE : A rien de spécial.

ANTOINE : Moi, j’aimerais qu’on se perde, et que personne ne nous retrouve.

CECILE : Bah ça risque pas ici, on se repère facilement à cause la mer. Regarde, on la voit là-bas.

ANTOINE : C’est curieux, mais j’ai le sentiment que depuis tout ce temps, tu m’as complètement oublié.

CECILE : Mais c’est normal, je vis pas dans le passé. J’ai fait ma vie, Antoine, t’as bien vu.

ANTOINE : Bah oui, je vois, hélas. Moi, c’est le contraire, c’est l’absence qui m’a rapproché de toi. Plus ça durait, plus tu me manquais.

CECILE : Tu veux me faire croire que je te manque depuis trente ans ?

ANTOINE : Trente-et-un ans, huit mois et vingt jours exactement. Mais j’ai toujours su que je te retrouverais.

CECILE : C’est le hasard, Antoine.

ANTOINE : Non, c’est pas le hasard, je t’ai cherchée, qu’est-ce que tu crois ? Et puis un jour, j’ai su que tu vivais là. Le plus dur pour moi, ça a été d’être nommé à Tanger. Ça m’a pris du temps, j’ai remué ciel et terre. Enfin, j’ai pas pu arriver plus tôt.

CECILE : Je comprends pas très bien où tu veux en venir ?

ANTOINE : Mais on a toujours dit qu’on s’aimerait pour la vie…

CECILE : Qu’est-ce que tu racontes ? Je suis sûre que tu as aimé d’autres femmes ?

ANTOINE : Mais je ne te parle pas de sexe. Ça n’a rien à voir. On ne change pas d’amour comme on change de partenaire.

CECILE : qu’est-ce que t’attends de moi, exactement ?

ANTOINE : Mais qu’on finisse nos jours ensemble.

CECILE : Mais t’es complètement malade, mon pauvre Antoine !

ANTOINE : Ouais, je savais que tu me dirais ça. Ça n’a pas d’importance. Je veux pas te forcer. Je t’attendrai.

CECILE : Les fleurs, c’est toi qui me les as envoyées ?

ANTOINE : Oui. Je savais que tu aimais les roses. Ça me fait plaisir que tu aies compris.

CECILE : Ecoute, Antoine, si tu veux qu’on se revoie, tu me parles plus de tout ça. On n’a plus vingt ans. La passion, c’est fini, c’est derrière nous. D’accord ?

ANTOINE : D’accord, si tu veux. (Après un court silence.) Et devant nous, qu’est-ce qu’il y a ?

CECILE : Y’a rien. Tu vois, c’est comme cette forêt, ça s’arrête là. Après, c’est la falaise, c’est le vide.

ANTOINE : C’est pas vrai ce que tu dis, y’a pas rien. Y’a la mer. Puis, regarde, y’a un ferry qui traverse. Et puis là-bas, y’a de la brume, et derrière la brume, y’a l’Espagne, et l’Espagne, c’est le début de l’Europe…

CECILE : Arrête, Antoine, arrête, tu me fatigues ! Je ne sais même plus pourquoi on est venus !

ANTOINE : Tu voulais me montrer la maison…

CECILE : Ah oui, c’est vrai la maison… Voilà, c’est celle-là.

Ils passent devant des immigrés clandestins.

ANTOINE : Ne les regarde pas comme ça, tu vas les forcer à réagir.

CECILE : Tu les avais vus ?

ANTOINE : Bien sûr. Mais ils savent qu’ils n’ont rien à craindre de nous. Un couple d’amoureux…

CECILE : Entre les rafles de la police et les attaques de pilleurs, je me demande comment ils font pour survivre.

ANTOINE : Peut-être qu’ils survivent parce qu’ils ont un but. Atteindre l’Europe. Ici, c’est la dernière étape avant le Paradis.

Voir notre liste complète de textes et de scènes de théâtre et de cinéma (pour une audition ou pour le plaisir).

 

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