La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

Fight Club – Insomnie & Cancer des Testicules

Edward Norton Fight Club Bob bitch-tits testicular cancer

Scène mémorable de Fight Club dans laquelle Edward Norton fait un câlin à Bob, un homme atteint du cancer des testicules, qui a développé une poitrine de femme suite à une thérapie hormonale. Le narrateur revient sur ses problèmes d’insomnie pour expliquer comment il s’est retrouvé là. J’ai arrangé le tout en monologue (la traduction en français est en-dessous) :

‘Insomnia and testicular cancer’

Bob. Bob had bitch-tits. This was a support group for men with testicular cancer. The big moosey slobbering all over me, that was Bob. We’re still men, he said crying. Yes, we’re men. Men is what we are, I said. 8 months ago, Bob’s testicles were removed. Then hormone therapy. He developed bitch-tits because his testosterone was too high, and his body upped the estrogen. And that was where I fit… They’re gonna have to open up his pecs again and drain the fluid, he said. Between those huge, sweating tits that hung enormous the way you’d think of God’s as big. OK. You cry now, he said.

No, wait. Back up. Let me start earlier. For 6 months, I couldn’t sleep. With insomnia, nothing’s real. Everything’s far away. Everything’s a copy of a copy of a copy. When you have insomnia, you’re never really asleep and never really awake.

Edward Norton Fight Club Insomnia.JPG

When deep space exploration ramps up, it’ll be the corporations that name everything: the I.B.M. Stellarsphere, the Microsoft Galaxy, Planet Starbucks. Gonna need you out of town a little more this week. We got some red flags to cover, my boss said. It must’ve been Tuesday. He was wearing his cornflower-blue tie. You want me to deprioritize my current reports until you advise of a status upgrade? Make these your primary action items. Here’s your flight coupons. Call me from the road if there’s any snags, he said. He was full of pep. Must have had his grande latte enema.

Like so many others, I had become a slave to the IKEA nesting instinct. If I saw something clever like a little coffee table in the shape of a yin-yang, I had to have it. The Klipske personal office unit, the Hovetrekke home exer-bike, or the Johannshamn sofa with the Strinne green stripe pattern. Even the Rizlampa wire lamps of environmentally friendly unbleached paper. I’d flip through catalogs and wonder: What kind of dining set defines me as a person? I had it all. Even the glass dishes with tiny bubbles and imperfections. Proof that they were crafted by the honest, simple, hard-working indigenous peoples of… Wherever.

No, you can’t die from insomnia, the doctor said. What about narcolepsy? I said. I nod off. I wake up in strange places. I have no idea how I got there. You need to lighten up, he said. Can you please just get me something? I asked, thinking of red and blue Tuenols, lipstick-red Seconals. No, he said. You need healthy natural sleep. Chew some Valerian root and get more exercise. Hey, come on. I’m in pain, I begged. You wanna see pain? He snapped back. Swing by First Methodist Tuesday nights. See the guys with testicular cancer. That’s pain.

Bob Fight Club Testicular Cancer bitch-tits.JPG

And this is how I met the big moosey. His eyes already shrink-wrapped in tears, knees together, those awkward little steps. Bob had been a champion body-builder, you know that chest expansion program you see on late night TV? That was his idea. I was a juicer, he said. You know. Using steroids. Diabonol, Wisterol, they use that for racehorses for Christ sakes. And now I’m bankrupt, I’m divorced, my two grown kids, they won’t even return my calls…

Strangers with this kind of honesty make me go a big rubbery one. Go ahead, Cornelius. You can cry, he said. And then something happened. I let go. Lost in oblivion…dark and silent and complete. I found freedom. Losing all hope was freedom. Babies don’t sleep this well. I became addicted. If I didn’t say anything, people always assumed the worse. They cried harder… then I cried harder. I wasn’t really dying. I wasn’t host to cancer or parasites. I was the warm little center that the life of this world crowded around. That the life of this world crowded around. Every evening, I died… and every evening, I was born again. Resurrected. Bob loved me because he thought my testicles were removed, too. Being there… pressed against his tits, ready to cry. This was my vacation.


Insomnia Edward Norton Fight Club

« Insomnie et Cancer des Testicules » 

Bob. Bob a des nibards. Nous voilà dans un groupe de soutien pour hommes atteints de cancer du testicule. Le grand gaillard qui me pleurniche dessus, c’est Bob. Il me dit, en pleurant : « nous sommes encore des hommes ». « Oui, on est des hommes. Des hommes, c’est ce que nous sommes », je lui dis. Il y a huit mois, on a retiré les testicules de Bob. Puis, traitement hormonal. Son corps a augmenté la production d’œstrogènes et ses nibards ont poussé. Et c’est là que j’ai trouvé ma place… Il me dit qu’ils vont devoir lui ouvrir les pectoraux une nouvelle fois pour drainer le fluide. Entre ces deux nibards massifs et transpirants, qui pendent, énormes, aussi énormes que les nibards de Dieu, j’imagine. « A ton tour de pleurer », il me dit.

Non, attendez. Retour en arrière. Je vais commencer mon histoire un peu plus tôt. Pendant six mois, je ne dormais plus. Avec l’insomnie, rien n’est réel. Tout semble éloigné. Tout devient une copie d’une copie d’une autre copie… On n’est jamais vraiment éveillé, jamais vraiment endormi.

Quand l’exploration spatiale sera lancée, ce seront les multinationales qui mettront leur nom partout : la Galaxie Microsoft, l’Etoile IBM, la Planète Starbucks… « Je vous ai prévu quelques déplacements en plus cette semaine. Nous avons des urgences à traiter », me dit mon boss. Ça devait être un mardi. Il portait sa cravate bleue. « Vous voulez que j’abaisse le niveau de priorité des rapports en cours jusqu’au prochain changement de statut ? » Je lui demande. « Ce sont maintenant vos missions prioritaires. Voilà vos billets d’avion. Appelez-moi en chemin en cas de problème ». Il était bourré d’énergie. Il venait sûrement de se faire un lavement au café latte.

Comme tant d’autres, j’étais devenu esclave du confort protecteur des intérieurs IKEA. Si je voyais un bel objet, par exemple, une table basse imitant le Yin et le Yang, je devais l’avoir. Le bureau Klipske, le vélo d’appartement Hovetrekke ou encore le canapé Johannshamm. Même les suspensions Rizlampa, faites en papier éco-responsable non javellisé. Je feuilletais les catalogues et je me demandais : quel meuble correspond le mieux à ma personnalité ? J’achetais tout. Même les plats en verre avec les petites bulles et les petites imperfections qui prouvaient qu’ils étaient fabriqués par des peuples indigènes, par des travailleurs honnêtes et simples, du côté de… De n’importe où.

« Non, on ne meurt pas d’insomnie », me dit le docteur. « Et la narcolepsie ? », je réponds. « Je m’assoupis. Je me réveille dans des endroits bizarres. Je ne sais absolument pas comment j’ai atterri là. » « Vous avez besoin de vous détendre », il me dit. « S’il-vous-plaît, donnez-moi quelque chose », je lui demande, en pensant au Tuenol rouge et bleu ou au Seconal. « Non, il me répond. Vous avez besoin d’un sommeil naturel. Mâchez des racines de valériane et faites un peu plus d’exercice physique ». « Allez, s’il-vous plaît. Je souffre », je lui dis, d’un ton suppliant. « Vous voulez voir une vraie souffrance ? Faites un tour à l’Eglise Méthodiste mardi soir. Vous verrez des types atteints de cancer du testicule. Ça, c’est ce que j’appelle de la souffrance ».

Et c’est comme ça que j’ai rencontré ce grand gaillard. Il était sur le point de pleurer, les yeux déjà plissés, ses genoux se touchaient, et il faisait des petits pas maladroits. Bob a été champion de body-building. Vous connaissez l’émission qui présente des exercices pour muscler son torse et qui passe tard la nuit ? C’était son idée. « J’ai pris pas mal de produits, il me dit. Tu sais : stéroïdes, Diabonol, Wisterol… Merde, on utilise ça pour les courses de chevaux ! Et maintenant, je suis sur la paille, je suis divorcé, et mes deux gamins ne veulent même plus répondre à mes appels. »

Les inconnus qui se livrent avec autant de franchise ont plutôt tendance à me faire débander. « Vas-y, Cornelius. Tu peux pleurer », il me dit. Et là, quelque chose se passe. Je me laisse aller. Je suis perdu dans l’oubli… Dans un oubli aveugle, silencieux et complet. J’ai trouvé la liberté. En perdant tout espoir, j’ai trouvé la liberté. Les bébés ne dorment pas d’un sommeil si profond. Je suis devenu accro. Si je ne dis rien, les gens s’imaginent le pire. Ils pleurent encore plus fort… Et moi aussi je pleure plus fort. Je ne vais pas mourir. Mon corps n’est pas infecté par un cancer, ni par un parasite. Je suis le petit noyau de chaleur vers lequel converge toute la vie de ce monde. Tous les soirs, je meurs… et tous les soirs, je ressuscite. Bob m’aime car il croit que mes testicules ont été retirés, comme les siens. Je suis là, pressé contre ses nibards, prêt à pleurer. Ce sont mes vacances.

Voir notre liste complète de textes et de scènes de théâtre ou de cinéma (pour une audition, un casting ou pour l’amour du travail).

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Un commentaire sur “Fight Club – Insomnie & Cancer des Testicules

  1. Aei
    5 mars 2016

    Bonjour ! J’adore ce monologue, avez-vous un ordre d’idée de quand il sera disponible en Français ?

    J'aime

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