La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

Rencontre avec Monsieur Fraize

Monsieur FraizeAujourd’hui, nous rencontrons un curieux personnage découvert dans l’émission On ne demande qu’à en rire, un « passionné de fringues » qui a eu le culot d’annoncer une fausse relâche de 3 semaines au Festival d’Avignon en accrochant ses vêtements sur une corde et que nous avons eu le plaisir de voir en spectacle au Petit Louvre cet été.

– Bonjour Marc, comment es-tu tombé dans le théâtre ?

Il n’y avait rien qui m’intéressait vraiment. A l’école, je n’étais passionné ni par les maths, ni par l’histoire-géo (il suffit de jeter un oeil sur son bulletin de 6ème ci-dessous !)… Monsieur Fraize Bulletin ScolaireEt après l’école, j’ai eu du mal à me projeter dans une « carrière »… J’ai bossé un peu dans l’hôtellerie pour gagner du fric… Et puis, je me suis demandé : « mais qu’est-ce que je vais faire ? ». J’ai fait un bilan de compétences et la conseillère m’a dit : « ce qui vous intéresse, c’est rire et faire rire, pourquoi vous n’essayeriez pas ? ». Et là, c’est tombé comme une révélation, j’ai trouvé ma vocation, ma façon d’exister dans quelque chose d’original. J’ai démissionné et j’ai commencé à sortir dans les cafés-théâtres. Rapidement, je me suis aperçu qu’il n’y avait pas beaucoup de personnages à contre-courant.

– C’est comme ça qu’est né le personnage de Monsieur Fraize ?

Monsieur Fraize Relâche Festival AvignonOui. Il n’y avait vraiment pas de personnages de losers, de types fragiles… Il n’y avait que des mecs à l’aise, ou qui faisaient semblant d’être à l’aise. Je crois d’ailleurs qu’on est arrivés au paroxysme de la confiance chez les humoristes… Et je me suis dit, si tu fais ça, tu risques de t’emmerder.

Je ne savais pas comment m’y prendre. Je n’avais jamais fait de théâtre, je n’avais jamais écrit. Alors, j’y suis allé à tâtons. J’ai d’abord fait des choses faciles. Et puis, je me suis rendu compte que faire 600 fois la même blague, le même sketch, c’était d’un ennui mortel. Alors j’ai enlevé tout ce qui était facile, et j’ai donné une mission au personnage de Monsieur Fraize. Je lui ai dit : « débrouille-toi le temps d’un spectacle, sans texte et sans accessoires ! »

Je me suis mis volontairement en danger. Parfois, même, je me suis mis trop en danger, et j’ai dû m’arrêter au bout de cinq minutes… ça m’a fait tout drôle et ça a fait tout drôle au public !

– Tu es mis en scène par « Papy », le créateur du cours d’impro Déclic Théâtre et découvreur de Jamel, Omar Sy, Sophia Aram, Arnaud Tsamère… Tu improvises beaucoup sur scène ?

Ça dépend honnêtement de ma forme et de mon humeur. Je suis obligé d’avoir un cadre quand même. Mais comme il est très précis, je peux faire ce que je veux dedans. La seule règle que je m’impose c’est d’être au présent et à fond dans le personnage. C’est ça qui créé une totale liberté. Il y a des soirs où j’oublie plein de trucs efficaces parce que j’ai pris une direction nouvelle, et d’autres, où j’improvise moins et c’est un peu plus « propre ».

Monsieur Fraize aux Feux de la Rampe

– Comment tu décrirais ton humour ?

Décalé… Surprenant… Même si ça ne veut pas dire grand-chose. Je dirais que c’est un humour « de circonstances ». Je trouve que c’est bienvenu dans notre société.

– Question France Culture : Est-ce que tu dirais que c’est un humour « nihiliste », qui part du rien ?

Oulah ! (Rires) En tout cas, ce qui est sûr c’est que je ne pars pas de rien. Monsieur Fraize vient pour impressionner les spectateurs avec un petit numéro (que je ne dévoile pas exprès…), parce qu’il a une énorme envie de ne pas être seul. Il a quelque chose de très fort en lui et il se met à nu. C’est ma nature, je suis un inquiet. Mais c’est plus facile de construire à partir de ça, qu’à partir de certitudes et d’automatismes… Faire 100 000 vannes sans faire tomber le masque et sans parler de soi, ça c’est une forme de rien.

Est-ce que, parfois, tu ne te fous pas un peu de la gueule du public ?

Ah, si ! Parce que je suis comme ça. Mais c’est assumé, c’est bienveillant, et j’essaie de bien le faire, sans tomber dans la provoc ou le gratuit. Je suis comme ça, quand je sens que j’appuie sur un truc qui dérange, j’y vais à fond !

– Est-ce que tu t’es inspiré d’autres comédiens ?

Quand j’étais gamin, je regardais tout le temps Coluche à la télé avec mes parents. Je trouve aussi Devos impressionnant, dans un autre style. Desproges, bien sûr, dans l’écriture. Désolé je ne cite que des mecs morts… J’aime bien les mecs qui bousculent le système, parce qu’il faut dire qu’on est les champions des cons. On vit dans un pays riche et on fait la gueule en permanence, on vit sous antidépresseurs… Tiens, Colombo ! Je suis fan de Colombo ! Même en VF. Voilà un vrai personnage de clown. Il a pensé à tous les détails. Quand il se lève et qu’il a un morceau d’imperméable qui lui reste entre les fesses, c’est voulu ! Tout est voulu ! Ses silences sont voulus… Quand il nous parle de sa femme qu’on ne voit jamais, c’est voulu… Il laisse les gens dans le doute exprès… Il se fait passer pour un con exprès… C’est pas pour rien qu’il est petit et qu’il voit que d’un œil. C’est un personnage très bien construit, universel et c’est ce qui explique, pour moi, que ce soit un carton mondial.

– Et Andy Kaufman ?

Celui-là, je l’ai découvert après le spectacle dans Man on the Moon, avec Jim Carrey. Je ne me suis pas inspiré de lui mais j’ai tout de suite eu l’impression qu’on faisait la même chose. Ce mec a quand même négocié avec une grosse chaîne de télé américaine pour mettre des fausses interférences pendant une émission, histoire que les téléspectateurs lèvent leur cul et tapent sur leur poste ! Ah ah !

– En parlant de télé, est-ce que tu n’as pas été déçu quand tu as été éliminé d’On ne demande qu’à en rire ?

Ma seule déception c’est de n’avoir pas décidé de ma fin. J’ai été surpris et c’est pour ça que ça m’a ému. Mais, après coup, je me suis dit que j’avais eu une chance inouïe. C’était déjà énorme qu’une émission de télé complètement dans le système me laisse faire ce que je veux avec mon personnage pendant un an !

Nous remercions Marc Fraize pour cet entretien. Si vous n’avez pas vu un spectacle d’humour original depuis longtemps, prenez vite vos places pour Monsieur Fraize aux Feux de la Rampe ! C’est jusqu’au 11 novembre, les mardis et mercredis à 20h. Vous pouvez réserver ici.

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Un commentaire sur “Rencontre avec Monsieur Fraize

  1. Fraize
    22 octobre 2015

    Merci pour cette belle rencontre et vivement de te découvrir sur les planches !

    J'aime

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