La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

«Raoul» de Sacha Guitry

J’ai fait sa connaissance au mois de Février.
Pour être plus précise encor: un mercredi.
Nous échangeâmes quelques mots, puis il m’a dit:
« Vous devriez
Venir dîner seule avec moi! »
C’était la fin du mois –
Qui vient précisément si vite en Février.
Il insistait: « Vous devriez ! »
Alors, ma foi, j’ai répondu:
« C’est entendu. »
Son invitation laissait supposer
Qu’il me considérait un peu comme une poule,
Certes, mais, d’autre part, si j’avais refusé,
Je n’aurais jamais su qu’il s’appelait Raoul.
Au restaurant, pour commencer,
J’ai pris des moules.
J’aime les moules –
Il les déteste. II n’a rien dit – et m’a laissée
Manger mes moules,
Tandis qu’il savourait des artichauts – je crois.
Etaient-ils chauds,
Etaient-ils froids,
Ces artichauts ?
La chose importe peu, soyons francs et loyaux.
Ensuite, ensuite… ensuite,
On a mangé de l’aloyau,
Puis du gâteau de pommes cuites.
Et le soir même, on a – mais passons là-dessus.
Oui, passons sur la bagatelle…
Si j’avais refusé, comment aurais-je su
Qu’il habitait l’hôtel ?
Huit jours plus tard – c’était le 6 –
On est allé dîner tous les deux chez Vatel.
Et, tandis que Raoul,
Sans se faire prier,
Commandait des saucisses,
Je me suis écriée :
« Moi, je voudrais des moules! »
Alors, il a dit: « Non -les moules, c’est mortel! »
Et devant le maître d’hôtel,
Comme si nous étions devant le Maître-Autel,
Il crut devoir ajouter même :
« Oh! Que nenni! Tu n’en mangeras plus maintenant, c’est fini,
Car ta vie est à moi! Prends des macaronis,
Prends de ceci,
Prends de cela,
Du chou farci,
Du cervelas –
Maître d’hôtel, servez-la! –
Prends du canard au sang, du bitock à la crème,
Mais plus de moules – car je t’aime! »
Ça m’a touchée infiniment – vous le pensez.
Ma vie était à lui !
Le bonheur avait lui
Sous un ciel azuré.
Et, du coup, l’avenir me semblait assuré!
Puis, les jours ont passé.
Dame, ici-bas tout passe.
Et de tout – hélas! – on se lasse…
On s’aime, on se caresse, on s’embrasse, on roucoule,
Et parfois, l’un des deux en a vite assez ri.
La preuve en est qu’hier, au restaurant,
Raoul
M’a dit:
« Chérie, Veux-tu des moules? »

Voir notre liste complète de textes et de scènes de théâtre (pour une audition ou pour l’amour du travail)

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Cette entrée a été publiée le 26 mai 2015 par dans Audition, Cours de théâtre, Théâtre, et est taguée , , , , , , .
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