La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

La Vérité sur La Fontaine – Le Rouge et le Noir

Conformément au projet de Dialogue à Fables, nous ouvrons une série d’articles sur les références faites aux fables de La Fontaine dans la littérature. Elles apporteront un éclairage nouveau sur le fabuliste enluminé de notre enfance.

Aujourd’hui, nous vous présentons un passage de Le Rouge et le Noir de Stendhal, dans lequel Julien Sorel dénonce l’apprentissage mécanique des fables (et du catéchisme). Il est invité à dîner chez M. Valenod, qui cherche à le débaucher de chez M. de Rênal, son rival, et à l’engager comme précepteur de ses enfants. Notre jeune héros doit essuyer la bêtise crasse de ces bourgeois de province qui donneraient à La Fontaine le bon Dieu sans confession :

« Mme Valenod le retint encore un quart d’heure ; il fallait bien qu’il entendît les enfants réciter leur catéchisme ; ils firent les plus drôles de confusions, dont lui seul s’aperçut. Il n’eut garde de les relever. Quelle ignorance des premiers principes de la religion ! pensait-il. Il saluait enfin et croyait pouvoir s’échapper ; mais il fallut essuyer une fable de La Fontaine.

– Cet auteur est bien immoral, dit Julien à Mme Valenod, certaine fable sur messire Jean Chouart, ose déverser le ridicule sur ce qu’il y a de plus vénérable. Il est vivement blâmé par les meilleurs commentateurs.

Julien reçut avant de sortir quatre ou cinq invitations à dîner. Ce jeune homme fait honneur au département, s’écriaient tous à la fois les convives fort égayés. Ils allèrent jusqu’à parler d’une pension votée sur les fonds communaux, pour le mettre à même de continuer ses études à Paris.

Pendant que cette idée imprudente faisait retentir la salle à manger, Julien avait gagné lestement la porte cochère. Ah ! canaille ! canaille ! s’écria-t-il à voix basse trois ou quatre fois de suite […]. »

Julien fait ici allusion à « Le Curé et le Mort » (VII, 11) où La Fontaine fustige les mœurs du clergé. Messire Jean Chouart (sobriquet emprunté à Rabelais, que ce dernier utilise comme un équivalent de Popol) est un prêtre cupide et lubrique qui s’imagine déjà, tout en récitant des prières à la tête d’un cortège funéraire, la fortune que va lui apporter le défunt. Le corbillard se renverse et fend en deux le crâne de cette Perrette en soutane. Ce n’est pas bien flatteur pour l’Eglise et ses ministres et il est fort à parier que Mme Valenod n’ait pas lu les Fables en entier.

Si cette histoire est inspirée d’un événement réel raconté par Mme de Sévigné, voilà un exemple de morale toute personnelle proposée par notre Jeannot et bien osée à l’époque !

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