La Compagnie Affable

La Compagnie Affable rassemble des comédiens autour des grands textes du théâtre, de la littérature, de la poésie et du cinéma.

De La Fontaine à Booba : Le Curé et le Mort

En parlant de crâne fendu (voir La Vérité sur La Fontaine – Le Rouge et le Noir), voilà la rime riche du jour :

Mes deux questions préférées :
Qu’est-ce que j’vais faire de tous ces deniers ?
Si j’te fends le crâne en deux, quel œil va s’fermer le premier ?

Ce bijou est tiré de « Kalash », une collaboration de Booba et Kaaris que je vous laisse découvrir en musique et en images :

Si l’on ne sait pas qui des deux artistes en est l’orfèvre, cette punchline est évidemment inspirée du personnage de Messire Jean Chouart de la fable « Le Curé et le Mort » (Fables de La Fontaine, VII, 11) dont nous avons parlée dans un précédent article. « Qu’est-ce j’vais faire de tous ses deniers ? » n’est-elle pas « la question préférée » de notre bon curé, préoccupé par ses futurs achats derrière le corbillard deux fois funeste qui vient lui fermer les yeux ?

Et quand Booba « ramasse deux, trois galériennes » pour une « partie de jambe en l’air » ou déclare : « j’me taperais bien une dominicaine, j’la mettrais ienb tout le week-end« , on jurerait entendre leflow libidineux du prêtre rêvant des jupons de sa nièce et de sa soubrette. Je vous en laisse juges :

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s’agit que du salaire.
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
Monsieur le Mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts.
Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s’en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

Frappant, n’est-ce pas (comme dirait feu Messire Jean Chouart) ?

Quant à La Fontaine, comme d’habitude, il a puisé son inspiration quelque part. En l’occurrence dans un événement réel arrivé à un certain curé de Boufflers, que Mme de Sévigné raconte dans une lettre à sa fille (qui inspira au fabuliste Le Lion Amoureux) : « M. De Boufflers a tué un homme, après sa mort. Il était dans sa bière et en carrosse ; on le menait à une lieue de Boufflers pour l’enterrer ; on verse ; la bière coupe le cou au pauvre curé. »

De Boufflers à Boulbi, rien ne se perd, tout se transforme !

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Cette entrée a été publiée le 11 décembre 2014 par dans De La Fontaine à Booba, Littérature, et est taguée , , , , , .
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